Alain Colas

 

Alain Colas (1943-1978)

Le 16 novembre 1978, Alain Colas envoie son dernier message radio : « Manureva et moi faisons bonne route. Salut à toute l’équipe »

 

  

Il est, avec Eric Tabarly, l’une des grandes figures de la voile française.

 

Pourtant rien ne prédisposait cet enfant de Clamecy à un destin aussi exceptionnel. Il naît le 16 septembre 1943, place de Bethléem à Clamecy. Son père, Roger Colas, dirige la faïencerie de la ville. Alain Colas passe son enfance à Clamecy, jusqu’en sixième.

 

En 1961, il part à Dijon suivre des études d’anglais, qu’il poursuit à Paris, à la Sorbonne. A Clamecy, où il revient régulièrement, il crée en 1963 le club de canoë-kayak. Il y puise un goût de la compétition, un talent d’organisateur, et forge ses capacités à mener ses projets à leur terme.

 

En janvier 1966, il s’embarque pour Sidney, en Australie, où il devient, à vingt-deux ans, lecturer à l’Université. Il y enseigne le français. Malgré l’éloignement, Alain Colas reste très uni à sa famille de Clamecy ; même lorsqu’il navigua à l’autre bout du monde, il garda un contact régulier, par courrier, radio ou téléphone, avec ses proches. Le navigateur put compter sur le soutien des siens à toutes les étapes de sa carrière.

 

C’est dans la baie de Sydney qu’Alain Colas découvre la voile et la passion de la course au large.

 

En 1967, il rencontre Eric Tabarly, qui dispute la course Sydney-Hobart. Le navigateur lui propose d’embarquer à son bord pour un périple jusqu’en Nouvelle-Calédonie.

 

Ils affrontent alors, en janvier 1968, un cyclone tropical dont ils sortent indemnes, alors qu’on les croyait disparus. En 1968, ayant obtenu auprès de l’université de Sydney un congé d’un an, Alain Colas rentre en France. Il rejoint à Lorient Tabarly, qui prépare Pen Duick IV, multicoque expérimental géant, pour la transatlantique en solitaire. En novembre 1968, Alain Colas accompagne Tabarly sur Pen Duick IV vers San Francisco.

 

 

Il achète en janvier 1970 Pen Duick IV dans l’intention de participer à la prochaine course transatlantique en solitaire. Pour financer cette aventure, il vend des photographies et raconte ses voyages dans la presse européenne et anglo-américaine.

 

A Tahiti, il rencontre en 1971 sa compagne Teura, qui lui donnera trois enfants. Pour s’entraîner, il réalise un demi tour du monde de Polynésie à la métropole. 

Le 17 juin 1972 sur le trimaran Pen Duick IV, il prend le départ de la quatrième course transatlantique en solitaire, et il arrive vainqueur à Newport le 8 juillet, en pulvérisant le record de l’épreuve. Ce succès apporte la célébrité à Alain Colas, qui réalise un premier film et publie un livre, Un tour du monde pour une victoire.

 

Il se lance un nouveau défi : le premier tour du monde en solitaire sur un multicoque. Pen Duick IV modifié, « cap-hornisé », est rebaptisé Manureva. Parti de Saint-Malo le 8 septembre 1973, Alain Colas franchit le cap Horn le 3 février 1974. Il arrive à Saint-Malo le 28 mars 1974, battant de 32 jours le record du tour du monde en solitaire détenu par Sir Francis Chichester.

 

 

 

Journaliste, conférencier, réalisateur de films, écrivain, il est de tous les challenges, de toutes les solutions nouvelles. Le premier, il s’appuie sur les médias et les sponsors pour mener à bien ses aventures océaniques.

Le nouvel objectif que se fixe le navigateur est de participer à la transatlantique de 1976 sur un gigantesque bateau de sa conception.

 

 

En 1975, il met en œuvre la construction du plus grand voilier de la course en solitaire : un quatre-mâts de 72 mètres de long, à la pointe de la technologie, le « Club Méditerranée ».

Mais, le 19 mai 1975, à un an du départ, Alain Colas est victime d’un accident dans le port de La Trinité-sur-Mer : sa cheville est sectionnée par un cordage de Manureva. Pour conserver son pied, Alain Colas subit vingt-deux opérations. Malgré tout, depuis son lit de l’hôpital de Nantes, il coordonne le financement et la construction du quatre-mâts avec une volonté inébranlable.

 

Le 5 juin 1976, il prend le départ, sur Club Méditerranée, de la cinquième course transatlantique en solitaire. Les tempêtes qui se déchaînent les jours suivants obligent Alain Colas à faire une escale technique de trente-six heures à Terre-Neuve. Aussi, le 29 juin, il arrive second à Newport, sept heures et vingt-huit minutes après Tabarly.

 

 

En été 1976, Alain Colas organise l’opération « Bienvenue à bord » : accostant Club Méditerranée dans les grands ports de la Manche et de l’Atlantique, le navigateur accueille gratuitement les visiteurs le matin et propose l’après-midi des sorties en mer avec contribution aux frais. Près de cent cinquante mille personnes viennent découvrir le voilier. Au printemps et en été 1977, « Bienvenue à bord » se déroule le long des rivages français de la Méditerranée.

 

En 1978, Alain Colas participe à sa dernière course, sur Manureva, en prenant à Saint-Malo le départ de la première route du Rhum. Son dernier message, dans lequel il signale qu’il fait bonne route, date du 16 novembre 1978. Il était en tête de la course mais la tempête a raison de ce marin d’exception. Manureva et Alain Colas entrent alors dans la légende.

 

 

 

Un DVD d'Éric Le Seney Alain Colas Rêves d'océan (2012) est disponible à la vente au musée de Clamecy et à l'office du tourisme des vaux d'Yonne.