Clamecy, capitale du flottage du bois

 

Au début du XVIè siècle, l’épuisement des forêts en région parisienne oblige la capitale à se tourner vers le Morvan pour s’approvisionner en bois de chauffage. Le bois, coupé en hiver, est vendu à la Toussaint suivante à des marchands forains dont la marque est martelée aux deux extrémités des bûches. Il est ensuite jeté dans les ruisseaux. C’est le « petit flot ». On parle alors de « flottage à bûches perdues ». Arrivé vers l’Yonne, il est sorti de l’eau et empilé provisoirement pour y être jeté au printemps suivant : c’est le « grand flot ». Parvenu aux abords de Clamecy, le bois est tiré de l’eau, trié par marque et empilé dans les ports par les ouvriers flotteurs, où il est revendu à des marchands de bois de Paris. Les bûches sont ensuite liées de façon à former des « trains », radeaux de bois atteignant jusqu’à 75 m de long sur 4,5 m de large qui descendent l’Yonne puis la Seine.

 

 

L'organisation du flottage

 

 

Les quantités de bois transporté ne cessent d’augmenter et le flottage est à son apogée à la fin du XVIIIè siècle. Son déclin s’amorce au cours du XIXè siècle avec le transport par péniche et l’avènement du charbon qui supplée le bois de chauffage. Le dernier demi train de bois part de Clamecy en 1876, et le dernier « grand flot » arrive à Clamecy en 1923.

 

« Beyant », le quartier des flotteurs

Les flotteurs habitaient dans les faubourgs, notamment celui de Bethléem dit « Beyant », sur la rive droite de l’Yonne. Les maisons, petites et basses, avec de petits jardins attenants, étaient imbriquées les unes dans les autres et desservies par d’étroites ruelles. L’habitation, simple et modeste, comportait généralement 2 pièces : une cuisine avec un poêle, une chambre où dormaient parents et enfants, et un grenier.

 

La vie de flotteur

Le travail des flotteurs, auquel participaient femmes et enfants, était rude. Il fallait tirer, trier et empiler les bûches selon les marques.

 

 

Les « trains » étaient assemblés et convoyés jusqu’à Paris par un flotteur. Les pertuis étaient franchis de jour comme de nuit. A l’issue d’un périple de 11 jours, il rentrait à pied. Ce périple enrichissant a permis à la communauté des  flotteurs d’établir un contact permanent avec les milieux populaires des villes traversées et de se retrouver très souvent à la pointe des combats ouvriers, notamment lors du coup d’État du 2 décembre 1851. Le dernier « train » parti, c’était la morte saison jusqu’au grand flot suivant. Les ouvriers connaissaient une période de chômage en été.

 

Ils s’affrontaient lors de joutes nautiques dont le vainqueur, le « roi sec », devenait le chef des flotteurs pour l’année. Cette tradition est perpétuée chaque année le 14 juillet.

 

La corporation des flotteurs

Les flotteurs formaient une véritable corporation et avaient pour patron saint Nicolas. La confrérie existe toujours. Elle fait partie de l’association internationale des flotteurs et radeliers.

 

 

Le flottage au musée

 

 

Le musée d' Art et d' Histoire Romain Rolland de Clamecy a consacré l'une des salles de l'ancien hôtel du duc de Bellegarde (XVIIe siècle) à l'activité du flottage.

L'une de ces pièces maîtresses est la reconstitution d'un demi radeau de bois à l'image des "trains" constitués jadis par les flotteurs et qui rassemblaient quelque 200 stères (200 m3) de bois.